Des contes en partage

Échanges et correspondances entre écoles de France et de Madagascar, autour des contes traditionnels

lundi 22 mai 2017

De Tuléar au Tampon

Les élèves de l'Alliance française et ceux du collège Etienne de Flacourt à Tuléar nous font partager leurs histoires. Merci à leur enseignant, Ben Arès, de faire le lien.

LE ZEBU DE LA MER

Les femmes ne peuvent traverser seules la grande forêt de Bevoay et attendent toujours que quelques hommes les accompagnent, lorsqu’elles se rendent au grand marché situé de l’autre côté, dans le village de Talaky, à Madagascar.
De puissants lémuriens habitent cette forêt, gris et blancs, souples comme des singes auxquels ils ressemblent. Toujours furieux de la présence des femmes, ils jacassent alors plus fort qu’elles, qui hâtent le pas en poussant de petits cris d’oiseaux pris au piège.
Ils ne sont pas plus méchants que cela les lémuriens de Bevoay. Toutefois ils ont les femmes en horreur. Les hommes n’ont de leur côté pas à subir de leurs attaques, sournoises et agaçantes.
À qui est la faute ?
Dans des temps fort reculés, des hommes se muèrent en lémuriens. L’un de ces hommes, nommé Itovo, le devint définitivement après des déboires matrimoniaux. Gambadant à travers la forêt, il fut très réputé pour l’aversion particulière qu’il portait aux femmes.
Dans sa période humaine, Itovo s’était uni avec une femme riche mais méchante. Un sorcier avait dû assister au mariage pour garantir le bonheur du couple par de nombreux ody ou amulettes, qu’Itovo porta à son cou. Mais le sorcier avait mis une interdiction, banale en soi : il ne devait pas toucher la louche de bois pour prendre le riz en même temps que sa femme sinon un grand malheur arriverait. Il n’en dit pas plus.
Le ménage ne devait rencontrer aucune difficulté. De nombreux mois s’écoulèrent dans un relatif bonheur.
Puis vinrent les premières scènes conjugales. Les disputes devinrent de plus en plus fréquentes. La femme avait visiblement un mauvais caractère. Elle humiliait volontiers Itovo qui gagnait peu d’argent. Ils ne continuaient pas moins à manger ensemble et Itovo conservait malgré tout son bon appétit. Les paroles du sorcier semblaient alors envolées.
Un jour, sa femme lui reprocha durement sa goinfrerie coutumière. Il rétorqua qu’il avait bêché et semé toute la matinée un champ entier de maïs, sans prendre le moindre repos, ni même un voazavo, une sorte de melon d’eau, pour se désaltérer. Le ton s’éleva : Itovo, irrité après un dur labeur accompli, avait grand faim et il comptait l’assouvir. Séparés par la largeur de la natte, ils n’en vinrent pas aux mains, mais elle brandit la louche malencontreusement placée entre eux et le frappa au visage.
Il n’avait pas songé à cela le pauvre, qui vit la prédiction du sorcier s’accomplir. Le grand malheur prit forme sur Itovo qui se transforma peu à peu en lémurien, sortit par la porte basse, s’élança dans le kily ou le tamarinier voisin, puis gagna la forêt proche, heureux de sa nouvelle liberté. Il ne se retourna même pas. Sa femme n’en fit pas un drame. Elle ne versa aucune larme.
C’est depuis cette histoire que tous les lémuriens issus d’Itovo conservent une haine tenace envers les femelles humaines. Ils ne manquent d’ailleurs jamais de les poursuivre, de les pincer, chaque fois qu’elles s’aventurent dans la forêt.
Yrène et Safidy, 5ième et Nancy, 4ième du Collège Etienne de Flacourt, Toliara


Imaan et Tojo, 6ème
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